Soumis par Pierre Degand le jeu, 12/02/2026 - 10:27

La pension anticipée occupe une place centrale dans les débats sur les retraites. Mais au-delà des idées reçues, que nous disent réellement les chiffres ?

Une étude menée par PensionStat.be sur les personnes ayant pris leur pension légale pour la première fois en 2022 et 2023 apporte un éclairage particulièrement intéressant sur la question.

Une possibilité largement accessible

Sur les 267.031 personnes ayant pris leur pension légale pour la première fois en 2022 ou 2023, l’étude retient une population analysée de 161.412 personnes, après exclusion des carrières mixtes, des âges préférentiels et des pensions étrangères.

Parmi elles, plus de 8 personnes sur 10 (82 %) remplissaient les conditions pour partir en pension anticipée. La pension anticipée apparaît donc comme une option accessible à une large majorité.

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Mais l’accès ne signifie pas nécessairement le choix.

Deux tiers partent dès que possible

Parmi les personnes qui pouvaient prendre leur pension anticipée, un peu moins de 7 sur 10 (67 %) ont effectivement choisi de le faire.

Autrement dit : lorsque la pension anticipée est possible, elle devient majoritairement le choix retenu.

Cependant, environ un tiers des personnes qui remplissaient les conditions ont préféré attendre l’âge légal de la pension (ou au-delà).

Des différences marquées entre hommes et femmes

L’étude montre une double réalité :

  • Les hommes ont plus souvent accès à la pension anticipée (88 % des hommes contre 75 % des femmes).
  • Mais lorsque les femmes remplissent les conditions, elles y recourent plus fréquemment (71 % contre 64 % pour les hommes).

Autrement dit : l’accès est plus large pour les hommes, mais l’usage est plus fréquent chez les femmes.

La situation familiale joue un rôle

Il n’existe pas de lien significatif entre l’état civil et la possibilité de partir anticipativement. En revanche, le choix est influencé par la situation familiale.

Les personnes mariées recourent plus fréquemment à la pension anticipée que les célibataires.

L’accès reste plus fréquent chez les hommes mariés que chez les femmes mariées, à l’image de la tendance générale. Mais la situation du conjoint diffère fortement selon le sexe :

  • Parmi les femmes mariées qui ont la possibilité de prendre leur pension anticipée, le conjoint est déjà pensionné dans environ 2 cas sur 3.
  • À l’inverse, parmi les hommes mariés ayant la possibilité de partir anticipativement, la conjointe n’est pas encore pensionnée dans environ 3 cas sur 4.

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Cette différence reflète notamment l’écart d’âge moyen au sein des couples.

En ce qui concerne l’utilisation effective de la pension anticipée, les écarts sont également marqués :

  • Lorsque le conjoint n’est pas encore pensionné, 71 % des hommes et 86 % des femmes utilisent la possibilité de partir anticipativement.
  • Lorsque le conjoint est déjà pensionné, la proportion chute à 51 % chez les hommes et à 70 % chez les femmes.

Autrement dit, les hommes sont particulièrement sensibles au fait que leur conjointe soit déjà pensionnée : dans ce cas, ils reportent plus fréquemment leur départ à l’âge légal. Chez les femmes, la différence existe aussi, mais elle est moins prononcée. Il sera intéressant de se demander pourquoi certains hommes ne sont pas pressés de rejoindre leur conjoint à la retraite….

Ces résultats montrent que la décision ne se prend pas uniquement à titre individuel. Elle s’inscrit souvent dans une logique de coordination au sein du couple, avec des dynamiques différentes selon qu’il s’agit d’hommes ou de femmes.

Le régime de carrière : des écarts importants

Les différences entre régimes sont très marquées :

  • 96 % des fonctionnaires ont accès à la pension anticipée, et 87 % l’utilisent.
  • 80 % des salariés peuvent y accéder, et 63 % l’utilisent.
  • Seuls 52 % des indépendants remplissent les conditions, et 57 % d’entre eux l’utilisent.

Les indépendants apparaissent donc comme le groupe le moins souvent éligible à la pension anticipée.

L’âge de début de carrière : un facteur déterminant

L’âge auquel la carrière commence influence fortement l’accès à la pension anticipée.

Les indépendants débutent en moyenne leur carrière à 24,2 ans, contre 18,7 ans pour les salariés et 18,8 ans pour les fonctionnaires.

Or, commencer tôt permet d’atteindre plus rapidement la durée de carrière requise pour un départ anticipé. Cela explique en partie pourquoi les indépendants accèdent moins souvent à cette possibilité.

Le montant de la pension influence-t-il la décision ?

L’analyse des montants montre une réalité nuancée.

Globalement, les personnes disposant d’un montant de pension moyen optent plus souvent pour la pension anticipée (présentation, p.23).

Par régime (présentation, p.18 à 20) :

  • Chez les fonctionnaires, les pensions très basses (moins de 1.500 €) ou très élevées (plus de 4.500 €) sont associées à un moindre recours à l’anticipation.
  • Chez les indépendants, les pensions inférieures à 1.200 € ou supérieures à 2.200 € donnent également lieu à un report plus fréquent.
  • Chez les salariés, les pensions situées entre 1.000 € et 2.000 € sont plus souvent associées à un départ anticipé.

Il n’y a donc pas de relation linéaire simple entre montant et décision : la pension anticipée est davantage choisie dans les montants intermédiaires.

Le rôle du deuxième pilier

56 % des personnes récemment pensionnées disposent d’un deuxième pilier (pension complémentaire) (présentation, p.21).

Les personnes bénéficiant d’un deuxième pilier ont plus souvent accès à la pension anticipée, mais elles choisissent moins fréquemment de l’utiliser.

Lorsque le montant du deuxième pilier est élevé, la tendance à reporter le départ à l’âge légal devient plus marquée, probablement pour des raisons fiscales.

Ce que révèlent les données

Pour rappel, cette étude repose sur les personnes qui ont pris leur pension en 2022 et 2023 et exclue les carrières mixtes (35% des pensionnés).

 

En résumé, la pension anticipée est aujourd’hui :

  • largement accessible ;
  • majoritairement utilisée lorsqu’elle est possible ;
  • influencée par le genre, la situation familiale et le régime de carrière ;
  • fortement liée à la durée de carrière et à l’âge de début d’activité ;
  • sensible aux considérations financières, mais de manière complexe.

La pension anticipée n’est donc ni un automatisme, ni une simple variable financière. Elle résulte d’un ensemble de facteurs professionnels, familiaux et économiques qui interagissent.

Pour toute personne qui approche de l’âge de la retraite, comprendre ces mécanismes est essentiel afin de poser un choix éclairé, en cohérence avec sa situation personnelle et ses projets de vie.

Et dans le futur ?

Il est évident que les mesures adoptées par l’Arizona vont changer la donne. L’objectif est clairement de durcir l’accès à la pension anticipée par l’introduction du malus et la prise en compte des années de156 jours de travail contre 104 jours jusqu’à présent. Petite remarque au passage, il y a une exception pour la première année de travail pour laquelle le compteur reste calé sur 104 jours.

 

 

Sources :

Lien vers PensionStat   

Présentation : « Les nombreuses facettes de la pension anticipée »