
Et si la pension n’était plus nécessairement synonyme d’arrêt du travail ? De plus en plus de Belges poursuivent une activité au-delà de 66 ans. Besoin d’un revenu supplémentaire ? Oui, parfois. Mais une récente enquête montre que les motivations sont beaucoup plus larges : plaisir, contacts sociaux, rythme de vie, sentiment d’utilité ou encore envie de transmettre son expérience. Une évolution qui nous invite à regarder autrement cette période de la vie.
Pendant des décennies, le scénario semblait écrit d’avance. Études, carrière professionnelle, puis pension. Avec, à une date déterminée, une frontière assez nette entre la vie professionnelle et « l’après ».
Cette représentation correspond-elle encore à la réalité ?
Les chiffres publiés en septembre 2026 par Acerta montrent en tout cas qu’un nombre croissant de Belges continuent à travailler après 66 ans. Et une enquête de NN Insurance Belgium permet de mieux comprendre ce qui les motive.
Avec une petite surprise : l’argent est loin d’être la seule explication.
Les 66+ de plus en plus présents au travail
Acerta a analysé les données anonymisées de quelque 390.000 travailleurs auprès de 31.000 employeurs du secteur privé belge.
Le constat est clair : la présence des travailleurs de 66 ans et plus progresse.
Au premier semestre 2026, leur nombre était près d’un quart plus élevé qu’au cours de la même période en 2025.
Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de vieillissement de la population active. Selon Acerta, l’âge moyen des travailleurs du secteur privé est ainsi passé de 42,4 ans en 2018 à 44,1 ans en 2026. Et environ 12 % des travailleurs ont aujourd’hui 60 ans ou plus.
Différents facteurs peuvent intervenir dans cette évolution : l’allongement des carrières, les règles de pension, les possibilités de poursuivre une activité après l’âge légal ou encore les incitants financiers.
Mais derrière les statistiques, il y a surtout des personnes. Pourquoi choisissent-elles de continuer ?
C’est ici que l’étude de NN devient particulièrement intéressante.
Travailler parce qu’on en a… envie
Lorsqu’on évoque le travail après la pension, une explication vient spontanément à l’esprit : « Ils continuent parce qu’ils ont besoin d’argent. »
C’est effectivement une motivation pour certains, mais elle ne résume pas la situation.
Selon le Baromètre de la sérénité financière de NN, 62 % des pensionnés actifs interrogés citent le plaisir qu’ils retirent de leur activité parmi les raisons qui les poussent à continuer.
Autrement dit, pour beaucoup, rester actif est aussi une question d’envie.
Le travail peut apporter bien davantage qu’une rémunération : des projets, des défis, le sentiment d’être utile, des occasions d’apprendre et de partager.
Et surtout… des relations humaines.
Garder des contacts et un rythme de vie
51 % des pensionnés actifs interrogés citent les contacts sociaux parmi leurs motivations.
Ce chiffre mérite que l’on s’y arrête.
Au cours d’une carrière, une part importante de notre réseau social se construit autour du travail. Collègues, clients, partenaires ou fournisseurs font parfois partie de notre quotidien pendant vingt, trente ou quarante ans.
Le jour du départ à la pension, une partie de ces relations peut disparaître très rapidement.
Continuer une activité – professionnelle ou bénévole – peut donc aussi être une manière de préserver du lien social.
Autre élément révélateur : 48 % des personnes interrogées disent vouloir conserver une structure dans leurs journées.
Passer d’un agenda bien rempli à une liberté presque totale peut être enthousiasmant. Mais cette liberté demande également de reconstruire de nouveaux repères.
Pour certains, garder une activité quelques heures ou quelques jours par semaine constitue justement cet équilibre.
Continuer, oui… mais autrement
Voilà probablement l’une des évolutions les plus intéressantes.
Continuer à travailler après la pension ne signifie pas forcément poursuivre exactement la même carrière, au même rythme et avec les mêmes contraintes.
41 % des pensionnés actifs interrogés apprécient de pouvoir choisir quand et combien ils travaillent.
La notion de liberté prend alors une autre dimension.
On peut imaginer travailler deux jours par semaine, accepter uniquement certaines missions, devenir indépendant, accompagner de plus jeunes collègues, s’investir dans une association ou développer enfin une activité que l’on avait toujours remise à plus tard.
Il ne s’agit plus nécessairement de « prolonger sa carrière », mais plutôt de construire une activité adaptée à cette nouvelle période de vie.
L’envie de transmettre
L’étude de NN révèle également une motivation qui résonne particulièrement lorsqu’on parle des plus de 50 ans : la transmission.
21 % des pensionnés actifs interrogés citent le partage de leurs connaissances et de leur expérience parmi leurs motivations.
Après plusieurs décennies de vie professionnelle, nous avons accumulé bien plus que des années d’ancienneté. Nous avons développé des compétences, appris de nos erreurs, constitué des réseaux et acquis une expérience qui peut avoir beaucoup de valeur pour d’autres.
Pourquoi tout cela devrait-il disparaître du jour au lendemain simplement parce qu’une date administrative a été atteinte ?
Le passage à la pension peut au contraire ouvrir de nouvelles formes de transmission : mentorat, accompagnement, bénévolat, formation, conseil ou engagement associatif.
Et l’argent ?
Il serait évidemment naïf de l’écarter.
Dans l’ensemble des pensionnés actifs interrogés par NN, 33 % citent le complément de revenus parmi leurs motivations.
Et parmi ceux qui exercent une activité rémunérée, cette proportion atteint 59 %.
L’aspect financier joue donc bien un rôle important pour une partie des personnes qui poursuivent une activité. Mais les résultats montrent qu’il coexiste avec d’autres motivations : plaisir, relations sociales, rythme de vie, autonomie et transmission.
Et si nous changions simplement la question ?
Finalement, les études d’Acerta et de NN nous invitent peut-être à abandonner une opposition devenue trop simple : travailler ou être pensionné.
Entre les deux existe désormais toute une palette de possibilités.
Certains rêvent d’arrêter complètement et de consacrer leur temps à leur famille, aux voyages ou à leurs passions. D’autres souhaitent rester actifs professionnellement. D’autres encore veulent mettre leur expérience au service d’un projet associatif ou transmettre leurs compétences.
Aucune de ces options n’est meilleure qu’une autre.
Mais une chose semble évoluer : la pension peut être envisagée moins comme une fin que comme le début d’une période où l’on dispose davantage de liberté pour choisir ce que l’on souhaite encore faire.
À l’approche de cette étape, la bonne question n’est donc peut-être plus seulement :
« À quel âge vais-je arrêter de travailler ? »
Mais aussi :
« Qu’ai-je encore envie de faire de mon temps, de mes compétences et de mon expérience ? »
Et cette question-là ouvre beaucoup plus de portes.
Sources : Acerta, « Nouveau bonus de pension : le nombre de personnes âgées de 66 ans et plus qui travaillent augmente près de quatre fois plus vite qu’il y a un an », 4 septembre 2026, sur la base des données de quelque 390.000 travailleurs auprès de 31.000 employeurs privés belges.
NN Insurance Belgium, « Pourquoi les gens continuent-ils à travailler après leur départ à la retraite ? », 4 septembre 2026, Baromètre de la sérénité financière 2026. Enquête réalisée avec Indiville auprès de 1.405 répondants âgés de 18 à 79 ans.
