Soumis par Pierre Degand le jeu, 09/06/2018 - 15:41

 

Pour moi, PEINDRE c’est un moyen de, peu à peu, me rapprocher de l’essentiel. C’est un cheminement intérieur où je traverse moult paysages. Sur la toile se confondent émotions personnelles et la nature. Cette dernière m’a passionné depuis mon enfance. Je suis né au Congo belge et je suis sans doute marqué à vie par la puissance et la grandeur de la nature encore fort sauvage à l’époque.

Mon maître mot c’est HARMONIE mais pour y arriver… parfois ce n’est pas une mince affaire ! Souvent je suis trop vite satisfait et parfois, des années plus tard, je reprends le tableau en main et, soit je le transforme en partant dans une autre direction, soit j’arrive à éclaircir l’intention et à donner plus d’intensité aux couleurs, soit simplement j’arrive à mieux le construire.

C’est passionnant de voir à quel point mon chemin intérieur se reflète dans ma façon de peindre. Comme je pratique cet art depuis plus de 30 ans, j’ai maintenant suffisamment de recul pour voir mon évolution et toutes les étapes par lesquelles je suis passé.

MON ATELIER c’est mon refuge, le lieu où j’apprivoise ma solitude, j’essaie  de m’en faire une amie comme dirait Georges Moustaki. J’aime être entouré de mes dessins, mes projets et mes toiles. C’est comme un écosystème, une nature inventée, sublimée, décomposée et recomposée, des jeux de formes, de matières et de couleurs qui, comme des phrases musicales, sont plus ou moins en harmonie et parfois pas. Je peux également désirer partir d’un chaos. Le jeu consiste alors à y mettre du sens !

Actuellement, notre civilisation traverse une période chaotique. Les équilibres écologiques sont rompus et cela me préoccupe beaucoup. Je pense qu’en peignant, je réconforte mon âme en lui montrant que cette situation est passagère. Un autre monde est possible, même si cela reste un rêve ou une croyance d’une vie harmonieuse après la vie matérielle.

Dans cette voie de peintre, MA FEMME m’aide beaucoup à différents niveaux, notamment relationnel en entretenant un blog et en me permettant d’être rassuré financièrement car ma vie professionnelle n’a pas été facile ! Très souvent, lorsqu’elle voit ma dernière toile, elle perçoit intuitivement ce qui cloche. J’ai appris à lui faire confiance et je me remets au travail. Elle m’a rendu humble.

J’ai beaucoup de bonheur à montrer mes toiles. Cela crée des liens et des dialogues profonds dont je ne peux pas me passer. Cela fait sens avec les autres. Bien sûr je peins d’abord pour moi mais j’y ai trouvé également un ROLE SOCIAL. A première vue, les artistes sont peu utiles.  La beauté, l’expression des sentiments, cela ne nourrit pas son homme ! Mais de quelle nourriture parle-t-on ? Notre société s’uniformise, se rationalise. La révolution numérique nous atteint tous, même dans notre intimité. Je crois que l’art est un des remparts pour rester humain. Beaucoup de jeunes l’ont compris et tout en surfant avec la technologie, veulent libérer leurs forces créatrices et désirent apprivoiser le temps…

LE TEMPS… vaste question ! A ce propos, la culture chinoise et le Tao m’inspirent beaucoup. Dans mes toiles, j’essaie parfois de montrer que le temps est relatif et n’est pas linéaire mais cyclique et infini. Je cherche à faire tourner le regard du spectateur de façon à ce qu’il reste dans l’œuvre et ainsi prenne le temps de ressentir ses propres émotions et participer à la création.

J’ai constaté qu’il y a un certain lien entre le microcosme d’une œuvre et l’univers. Cela se passe spontanément même si je ne suis pas encore en harmonie avec moi-même. C’est mon CHEMIN.

                                                                                                                                                              François Lateur

 

« Je regarderai la beauté de cette rose jaune, oubliée sur la table du salon. Je regarderai le monde depuis mon acceptation de ce qu’il est. Je regarderai le monde, et tout en souffrant de ses violences et de ses absurdités, je me refuserai à le dénigrer. Qu’il est lent et secret, le chemin vers le lâcher-prise. »

Christine Cayol dans « Pourquoi les chinois ont-ils le temps ? » Ed Tallandier

 

 

Commentaires

Portrait de Marie FAFCHAMPS

François et Vera, vous le dirai-je jamais assez : j'ai gardé un souvenir émerveillé de l'après-midi passé en votre compagnie avec Marc et son épouse. J'ai écouté attentivement tes explications et admiré tes peintures que je trouve magiques car l'on peut s'y projeter et les faire siennes en imagination. Ton ressenti d'artiste m'a fait voir les choses autrement pour ma propre peinture et m'a ouvert un autre horizon. Merci François et Vera.

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