Soumis par Pierre Degand le mer, 11/29/2017 - 10:36

Apprendre à dire « non » à la retraite peut vous paraître à priori inutile puisque justement en comparaison avec votre vie professionnelle vous disposez à présent de « tout votre temps ». Alors, pourquoi se priver de faire plaisir à l’un ou à l’autre, de répondre positivement à ces sollicitations qui sont tellement valorisantes une fois la retraite entamée. Comme je le dis souvent dans le cadre des formations et conférences, les jeunes retraités sont « riches, très riches en temps et en liberté ». Le défi à la retraite est de gérer en bon père de famille ce capital. Au cours de sa carrière, on aurait payé le prix fort pour disposer de plus de temps et de liberté. Le défi à la retraite est de ne pas dilapider cette fortune.

 

Si vous n’avez pas de centre d’intérêt en dehors du travail, il est temps d’y penser

Le passage à la retraite correspond à une perte de repères liés au monde du travail. C’est cette disparition de repères qui laisse la place à toute cette liberté et ce temps recouvrés. Si vous n’y prenez pas garde, bien vite, vous risquez de perdrece temps et cette liberté. C’est la raison pour laquelle, il est conseillé aux futurs retraités sans hobby ni passion de rechercher à deux ans de la retraite des activités qui pourront mobiliser une partie de leur temps une fois la retraite entamée. Ces mêmes activités leurs offriront de nouveaux repères bien utiles lorsque ceux du monde du travail s’estomperont.

 

Le passage à la retraite s’accompagne d’une période de transition

Au cours de la période de transition, le jeune retraité vit toute une série d’émotions qui débouchent souvent sur des moments de doute, d’instabilité. Ces moments sont tout-à-fait logiques. Les repères du travail disparaissent et laisseront la place aux nouveaux repères que le jeune retraité va reconstruire. La durée de cette reconstruction varie d’une personne à l’autre.  Elle dépend de leur degré de préparation, des expériences passées et comme mentionné précédemment de ses centres d’intérêt en dehors du monde du travail. C’est justement lors de cette transition qu’il va falloir apprendre à dire non.

 

Dire non, à qui, à quoi ?

Il faut apprendre à dire non aux autres mais surtout à soi !  Cette dualité s’explique par le fait qu’en matière de sollicitation,  le jeune retraité se trouve parfois pris en étau entre d’une part les nombreuses demandes extérieures (proches, organisations) et d’autre part, la peur de l’agenda vide, le sentiment une fois retraité d’être inutile.  

L’entourage voit souvent le futur ou jeune retraité comme une personne « ressource en temps » : papy ou mamy va pouvoir s’occuper full time des petits-enfants !  Les associations et autres organisations reconnaitront chez le jeune retraité les compétences qui leur manquent cruellement.

De son côté, le retraité vit un changement majeur; voire une crise pour certains. Cette dernière peut être identitaire, il cherche absolument à retrouver (parfois à n’importe quel prix) un poste clé dans une association qui lui redonne (du moins c’est ce qu’il pense) un certain statut comme au travail. La crise peut aussi concerner la peur de l’agenda vide. Le retraité accepte tout et n’importe quoi pour le remplir. Il n’hésite pas à montrer ce dernier bien chargé à son entourage, histoire de justifier qu’il ne fait pas partie de « ce monde d’inactifs ».

 

Pourquoi apprendre à dire non ?

Durant la période de transition, le jeune retraité doit fixer un rendez-vous avec lui-même. C’est une occasion unique de faire le point, d’apprendre ou de ré-apprendre à mieux se connaître. Cette période de la transition vers la retraite est le moment  de penser à ce qui est le plus important pour vous. Quelles sont les choses qui vous plaisaient dans votre travail et celles qui vous plaisaient un peu moins ? Qu’est-ce que votre travail vous a apporté et/ou manqué ? Quelles sont vos compétences, vos aspirations ? Au fait, quelles sont vos valeurs ? Quelle est votre personnalité ? C’est cette analyse qui posera les bases de vos futurs projets à la retraite. Ce rendez-vous avec vous-même va donc de pair avec des périodes de réflexion en dehors de toute sollicitation extérieure. Ne vous culpabilisez pas de ne rien faire ! En n’écoutant pas votre petite voix intérieure qui vous dit « pourquoi tu dis oui ? Est-ce que c’est vraiment cela que tu veux aujourd’hui ? Vous risquez de vous disperser, de passer à côté de ce que vous aviez projeté de faire, et surtout, vous devenez le projet des autres.

P., un membre du Réseau Sequoia qui ne manque pas d’humour m’a expliqué sa technique pour prendre un peu de recul et surtout l’expliquer à son épouse. Un jour son épouse rentre du travail, lui en tant que jeune retraité, prend bien soin de lui et se pose déjà depuis un petit temps. Sa femme lui dit, « bonjour, qu’as-tu fait de bon aujourd’hui ? ». Il répond « rien ». Son épouse un peu surprise lui rétorque « mais hier non plus ! ». P. enchaîne « ben oui, j’avais pas fini… »

 

Dire non, c’est égoïste ?

Bien sûr que non. Dire non, c’est savoir prendre soin de soi pour ensuite être mieux avec les autres, pour pouvoir donner aux autres.

Quelques petites citations que j’espère inspirantes pour vous :

Pour être heureux, il faut d'abord être content de soi, et si possible, contenter les autres.
Citation de Joseph Droz Essai sur l'art d'être heureux (1806)

Quand on a le secret d'être heureux, il ne faut pas le garder.
Citation de Jean-Jacques de Lingrée ; Les réflexions, pensées et maximes (1814)
 

Comment savoir que je risque de craquer, d’ouvrir une brèche à toutes sortes de sollicitations et comment l’éviter?

Juliette Helson et Daniel Levy(1) livrent quelques pistes.

Eprouvez-vous parfois le sentiment de ne jamais avoir assez de temps ?

Eprouvez-vous la désagréable impression que les autres empiètent sur votre territoire ?

Eprouvez-vous de l’insatisfaction, le sentiment de vous être fait avoir, d’être à un endroit où vous auriez aimé ne pas être ?

Avez-vous l’impression de subir un chantage affectif pour mieux vous faire accepter une situation ?

Craigniez-vous la solitude au point d’accepter n’importe quelle proposition pour ne pas rester seul(e) ?

Avez-vous tendance à céder facilement aux sollicitations de votre entourage ?

Si vous avez répondu oui, ne serait-ce qu’à deux questions, il est peut-être temps de réagir.

 

Plusieurs solutions s’offrent à vous. Pourquoi ne pas utiliser la solution du mantra ? Il s’agit de répéter (intérieurement) des petites phrases inspirantes.

« Je dois apprendre à dire non aux autres pour mieux me dire oui »

« Quand je dis oui, c’est que cela me fait réellement plaisir »

« Je suis sympa, j’aime les contacts, mais je dois aussi penser à moi »

Pensez aux petites citations du paragraphe précédent. Vous pouvez bien évidemment créer votre propre mantra.

Autre technique qui fonctionne bien, utilisez le « JE » . Ne dites pas « Non » mais plutôt « Je vais voir » d’une voix ferme  en faisant bien comprendre la finalité de votre message sans vous  perdre en justifications.

Au besoin, n’hésitez pas à montrer votre agenda, les activités qui y sont répertoriées mais aussi les plages libre que vous vous réservez (le luxe du retraité).

 

 

 

Vous l’aurez compris, apprendre à dire non à la retraite, surtout au début de celle-ci, n’est pas une question de survie mais le meilleur moyen pour vous de réaliser vos rêves. Evitez le piège de l’occupationnel en répondant positivement à toutes les sollicitations. En prenant soin de vous, en déterminant ce que vous voulez vraiment, vous serez dans les meilleures conditions pour partager vos passions et donner aux autres.

 

 

 

Pierre Degand

Sequoia Ways

 

(1) Juliette Helson et Daniel Levy « En avant la retraite ! » L’Harmattan 2015. 

Commentaires

Portrait de arlette crapez nisot

votre texte est génial , a méditer et a appliquer
Portrait de Pierre Degand

Merci pour votre commentaire Arlette

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